D’éleveuse de labradors à auteure à succès
En quelques mots, racontez-nous votre étonnant parcours…
Je suis née le 13 janvier 1958, à Etterbeek, en Belgique. Après des études en Sciences humaines et en Psycho-pédagogie, j’ai exercé comme institutrice de classes de primaire, en CP et CE1, à Bruxelles, de 1977 à 1986. Mariée en 1978 à un Breton rencontré en vacances dans le Finistère Nord, nous avons eu deux garçons, Stefan et Mikaël.En 1986, nous décidons de venir nous installer en Bretagne à Lannilis, à une vingtaine de kilomètres au nord de Brest. En 1987, arrive une petite fille, Vinciane.

Malheureusement, je ne peux plus exercer mon métier. Pas d’équivalence de diplômes, ma nationalité belge… Je décide alors de me lancer dans l’élevage de labradors où je rencontre un certain succès. À l’époque, membre du Retriever Club de France, sous la présidence de Élie de Rothschild, je passe, après un divorce annoncé, mon diplôme de juge canin à l’école vétérinaire de Nantes, que j’obtiens avec les félicitations du jury.
Un jour pas comme un autre, je vends une petite chienne labrador à l’homme qui est devenu l’homme de ma vie. Nous nous marions en 1998. Dès que les portées sont propres et nourries, j’ai du temps libre. Ma grand-mère, âgée et atteinte de DMLA (la dégénérescence de la rétine), me confie ses journaux intimes en me demandant d’écrire sa vie – très mouvementée ! – afin de laisser quelque chose de concret à ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. De mon côté, l’envie d’écrire me titillait depuis longtemps, sans vraiment jamais avoir eu le temps ou le courage de me lancer. Je découvre aussi l’ordinateur et commence l’écriture de Manou, avec une certaine nostalgie de ce qu’elle me racontait quand, encore enfant, j’étais blottie contre elle. Quasiment aveugle, elle ne peut plus lire, mais je lui enregistre le texte, lui offrant ainsi un grand bonheur.
Et cette envie d’écrire ne vous quitte plus ?
Manou terminé, l’envie d’écrire me reprend. Grande lectrice de romans policiers, je décide de me lancer. Tenir le lecteur en haleine tout au long d’un roman m’effraye un peu. Je décide donc de commencer par des nouvelles. À l’époque, les journaux féminins publiaient des nouvelles policières en été. Je tente ma chance et, à ma plus grande surprise, je suis sélectionnée par Maxi et Côté Femmes. Cette première réussite me «booste». Je vais écrire un roman policier! J’ai pratiqué beaucoup d’équitation et décide d’écrire un polar autour des chevaux. C’est ainsi que naquit Chantage meurtrier à Avranches.


Je cherche un éditeur mais sans succès.
Mon mari était pilote d’hélicoptère à la base de la Sécurité civile de Granville. Son navigateur a pour voisin un imprimeur qui connaît un éditeur. Celui-ci accepte de lire le manuscrit. Il m’appelle, m’assure que l’intrigue est bonne mais que, malheureusement, elle se passe en Belgique et qu’eux sont des éditeurs normands qui ne publient que des histoires normandes. Si je relocalise et que je suis patiente – deux ans d’attente… –, ils acceptent de me publier.
Durant ces deux ans, je découvre des livres de John Douglas, premier profiler au FBI. Je suis fascinée par son travail mais aussi par la psychologie des tueurs en série.Je tente de m’inscrire à l’institut de criminologie de Rennes mais, avec trois ados et des horaires difficiles, je passe mon tour. Je dévore des livres de sociologie, de criminologie, de psychologie et l’idée germe : j’écrirai un thriller. C’est ainsi que naît Scalpées dans la baie, qui obtient un prix du polar au salon de Trévières, sur soixante ouvrages en compétition. Le livre fait un tabac. Son héroïne conquiert les cœurs, et plaît encore au bout de vingt-deux enquêtes.
À la sixième enquête, je crée, avec mon époux, les éditions Epona. Comme nous faisons tout à deux, livraisons, réassorts, nous nous limitons au Cotentin. La popularité de l’enquêtrice Laura Claes augmente chaque année, jusqu’à vendre 10 000 exemplaires par titre. Si, par malheur, je tente une autre héroïne, je me fais gronder par les lecteurs. Ils veulent Laura !


